works

about

methode

Initialement et idéalement, il y a cette volonté : loger. Abriter, peut-être.

Alexandre Barthélemy (1971) et Stéphanie Ifrah (1971) se rencontrent à l’Ecole d’architecture Paris-Villemin en 1990. Après quelques passages en agence ils créent leur propre structure d’abord située à Paris, en 1997. Aujourd’hui implantés en banlieue parisienne ils comptent à leur actif une cinquantaine de réalisations d’aménagement intérieur et de constructions neuves.

L’architecture serait selon eux une vocation égoïste, partant plus d’une envie de se rêver soi-même dans les espaces que l’on va créer pour les autres, que d’un désir social qui se révèlerait vite vain.
Elle exprimerait le besoin de se projeter dans quelque chose. L’architecture comme une fiction.
Qui peut en effet prétendre connaître assez les autres pour penser leur espace à leur place. Cette position indique très précisément la direction que prendra leur travail : espaces très modulables, d’aucuns diraient capables.
Très tôt, ils imaginent d’autres modèles. Des espaces communs auxquels on affecte une ou plusieurs foncions aux immeubles gradins géants, offrant des espaces extérieurs intimes, brefs quelques intuitions de néophytes amusés.
Puis, ils se confrontent à cette vaste question : la ville. Un mystère en fait, qu’ils n’auront dès lors de cesse, non d’élucider mais de travailler, pétrir, questionner. Car projeter la ville, ce serait envisager l’avenir, ce qu’ils se refusent à faire. A peine peuvent-ils poser quelques hypothèses sur le papier et constater avec force que l’urbanisme ne sera pour eux qu’un terrain d’étude critique, mais pas de projet. Pas encore du moins. Ils attendent… attendent que quelque chose change. En revanche chaque projet parle de ville, de trame, de rapport. La rencontre avec Claude Levêque est déterminante, il va les suivre et les guider pendant tout leur cursus. Artiste et professeur d’art plastique, il va orienter leur pensée dans une voie insoupçonnable. Et qui pourtant s’affirme de plus en plus fortement avec les années. Dans un monde opaque où il leur semble difficile de se situer, ils apprécieront de pouvoir détourner la réalité sans pour autant chercher à s’en échapper. Chaque projet, chaque plan est marqué par la rigueur d’un art qui n’utilise plus la représentation directe comme mode d’expression.
Toujours à la limite entre projet et pièce d’art contemporain, comme ces romans, dont on ne sait plus dire, dans quel champ ils se situent, mais qui selon eux sont devenus le territoire de création le plus intéressant à ce jour, ainsi que les séries télévisées. Certaines seraient si brillantes qu’elles tendent parfois à se substituer à la réalité…
Pour l’architecture l’enjeu est tout autre, il faut intervenir sur le réel, et donc savoir dépasser les contingences. Ils avancent ainsi, dans une attitude critique qui trouvera son aboutissement dans leur travail de diplôme : mémoire-projet, étude abstraite sur une ville et un immeuble a-contextualisés mais pourtant représentés. Une abstraction beaucoup plus signifiante qu’il n’y paraît puisqu’elle restera jusqu’à la matérialisation : au sujet de leur production construite ils déclarent chercher à rendre l’architecture invisible.

« Nous réfléchissons à des espaces qui se situent entre la réalité et l’art fictionnel. En quoi, un espace réel ou imaginaire peut-il être une réponse à un problème de société ou simplement exprimer un positionnement clair, parfois plus clair que les mots. On se situe alors dans un territoire étrange, où on ne sait plus qui parle, si c’est la réalité, le projet ou la représentation du projet. Cette ambiguïté nous intéresse plus que tout, elle est le terrain privilégié de nos investigations. Ayant compris depuis longtemps que le monde nous a échappé, nous cherchons désormais à le réinterpréter à notre manière, afin d’interagir avec lui, d’intervenir plus ou moins concrètement, car chaque projet, construit ou non, laisse sa trace … » .
On devine alors tout le questionnement sur la représentation de l’architecture, l’idée de perception. Il ne faut pas oublier qu’ils ont commencé leurs études à une époque ou le rapidographe était encore de rigueur. Ensuite Alexandre est initié à la DAO chez Maxime Kétoff et Marie Petit. Ils seront donc parmi les premiers à utiliser l’informatique, d’abord comme un outil de rendu, puis très vite comme un outil de projection, puisqu’on y dessine à l’échelle 1 et finalement comme un outil de conception à part entière avec les logiciels d’imagerie de synthèse, qui permettent une immersion étonnante au cœur du projet. Leur travail prendra alors tout son sens. Entre réalité réelle et virtuelle, entre représentation 2D et 3D, l’imaginaire prend forme et un espace peut prendre place dans ce monde dans son contexte.

« Nous sommes une génération sans âge. A partir de maintenant nous serons jeunes à tout jamais de même que depuis que l’on a dépassé le moderne tout sera contemporain à tout jamais. Notre regard sur le monde a changé, le temps a changé en même temps que notre goût pour les arts. Le 7è art est lentement abîmé et bientôt remplacé par des fictions qui s’inscrivent dans une autre durée avec une addiction-fidélisation des (télé)spectateurs. La série ou sitcom dès lors qu’elle est à épisodes se vit à la manière d’un roman, dans une durée prolongée. En plus, depuis l’apparition du DVD, chacun possèdera désormais un petit morceau de son rêve chez soi. »
Il en de est de même pour l'architecture: sa puissance est translatée dans un petit morceau d'imaginaire, petite bulle que chacun a le loisir d'habiter de manière plus ou moins physique... D'où l'évolution de leur travail, leurs recherches sur des maisons modulaires, des maisons sans permis et aussi de la micro architecture.